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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


Fiches récentes



A QUOI SERT D'OUBLIER ?



À quoi sert d'oublier ?
de Francis Eustache

Mémoire et oubli sont indissociables?: c’est en sélectionnant des souvenirs,? donc en oubliant certains d’entre eux, que nous construisons notre identité.

De prime abord, l’oubli semble l’ennemi de la mémoire. Il est en effet renforcé par le passage du temps et exacerbé dans différentes maladies. Nous mesurons l’importance de la mémoire, ses fonctions adaptatives, identitaires, sociales, du fait de la prévalence accrue des pathologies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer. Ainsi, la mémoire et son corrélat négatif dans ce cadre, l’oubli, deviennent des sujets de réflexion et de préoccupation dans nos sociétés. ?

En dehors de ce contexte particulier où l’oubli est un symptôme, les deux termes «?mémoire?» et «?oubli?» vont de pair. La nécessité de l’oubli pour construire des représentations mnésiques, à la fois durables et malléables, a donné lieu à divers développements en philosophie. Par exemple, les relations entre mémoire et identité sont au cœur de la phénoménologie?: certains aspects de la mémoire participent à la construction de l’identité personnelle. A contrario, l’identité guide le tri dans les représentations mnésiques. Cette vision de la phénoménologie a apporté une coloration particulière à la recherche en psychologie et en neurosciences cognitives ces dernières années.?

La neurobiologie décrit, quant à elle, les mécanismes de consolidation et de reconsolidation qui témoignent de la labilité des traces mnésiques, particulièrement sensibles aux interférences. Le rôle du sommeil est souligné comme gage de stabilité et de cohésion de cette mémoire faisant l’objet d’une actualisation et d’une synthèse permanente.?

Au-delà, cette thématique «?mémoire et oubli?» se trouve renouvelée du fait de changements technologiques et sociaux, dont certains se sont accentués récemment. Il en est ainsi des nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’utilisation massive d’Internet contribue à modifier le rapport entre mémoire interne et mémoire externe, avec des conséquences potentielles sur notre façon même de penser. Une autre évolution marquante vient de la sociologie et de l’histoire, qui montrent que le grand récit, qui traduit l’identité sociale d’un peuple ou d’une nation, se construit à partir de différents mécanismes qui renforcent ou annihilent l’importance de certains événements avec comme conséquence leur mémorisation ou leur oubli.??

Le gradient de Ribot?

Dès la fin du XIXe siècle, le philosophe et physiologiste français Théodule Ribot avait consacré un livre aux maladies de la mémoire (1881). Ce qu’il nomme la loi de régression deviendra la loi du «?gradient de Ribot?»?: le récent s’efface avant l’ancien. Elle montre la construction changeante de nos mémoires personnelles. Publié dans la Revue philosophique de la France et de l’étranger, créée et dirigée à l’époque par T. Ribot, l’article du neuropsychiatre russe Sergei Korsakoff, paru en 1887, est considéré comme le texte fondateur de la neuropsychologie de la mémoire. À partir de la description de patients amnésiques, atteints de ce qui sera nommé ultérieurement un syndrome de Korsakoff, l’auteur met en scène plusieurs découvertes majeures comme le fait que les traces des impressions récentes subsistent chez ces malades dans la vie psychique inconsciente.?

Des travaux récents, menés chez des patients atteints d’une pathologie de la mémoire, montrent que différents types de distorsions, atteignant le duo «?mémoire et oubli?», conduisent à des profils de troubles de mémoire très différents. Ainsi, le gradient de Ribot, au détriment des souvenirs récents, se trouve confirmé dans la maladie d’Alzheimer, mais un «?gradient inversé?», au détriment des souvenirs anciens, est observé dans la démence sémantique, autre pathologie neurodégénérative. Au-delà de leur intérêt clinique, ces résultats suggèrent que les souvenirs épisodiques ont tendance à perdre des éléments contextuels et à se sémantiser, mémoire et oubli œuvrant pour la construction synthétique de nos différentes représentations en mémoire. Ce processus de sémantisation* est essentiel, guide de l’oubli du superflu et trame de nos connaissances sur le monde et sur nous-mêmes, ponctuées de souvenirs emblématiques de telle période ou de tel changement dans notre itinéraire de vie.?

L'enfer de l'hypermnésie

Se souvenir de tout, tout le temps?: tel est le fardeau des hypermnésiques. Les souvenirs ?– y compris douloureux – ?déferlent en permanence dans ?la tête et envahissent le quotidien.?On parle d’«?hypermnésie autobiographique?», ?car les personnes concernées se souviennent de tous les éléments les concernant, mais sans ?se révéler plus douées que ?la moyenne pour apprendre ?un poème ou un digicode.

Héloïse Lhérété

1. Le processus sémantique voit ?des souvenirs épisodiques («?Je me souviens très bien de notre première rencontre?») ?se transformer en savoirs généraux sur soi-même, sans leur charge émotionnelle initiale («?Notre première rencontre date de…?»).?

2. La mémoire prospective concerne le futur?: nous devons, par exemple, nous souvenir de ce que nous devons dire ou faire dans des délais plus ou moins proches.


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