De nouvelles fiches sont ajoutées régulièrement, n'hésitez pas à revenir souvent sur le site.






Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


Fiches récentes



A QUOI SERT LA PNL ?



À quoi sert la PNL ?

par Sarah Chiche

Née dans les années 1970, la programmation neurolinguistique se présente comme une méthode qui permet de modifier et « recoder » ses schémas de pensée pour communiquer avec les autres de façon plus efficace. Retour sur l’histoire d’une technique controversée.

Quand le juge lui demande de préciser pourquoi elle veut divorcer, elle soupire : « Mon mari fait de la programmation neurolinguistique (PNL) » – et l’homme de loi de compatir . Vingt-sept ans après leur première rencontre, elle ne se prive pas de raconter comment celui qui est toujours son mari, alors qu’elle avait été naguère si volage, l’a séduite au restaurant en lui faisant « son vieux truc de PNL » : « Tout en me parlant de littérature, de musique, et de voyages, il se passait la main sur la nuque ; sans m’en rendre compte, tout en l’écoutant, moi aussi, je me suis mise à me passer la main sur la nuque. C’était fichu, dit-elle, hilare : le soir même j’étais dans son lit et quatre mois plus tard, enceinte. »

Si vous faites partie de nos lecteurs les plus jeunes, que le monde de l’entreprise vous est inconnu et que vous avez échappé aux séminaires de motivation dans un club de vacances, il est possible que vous ne sachiez pas, ce qu’est la PNL. Car si cette méthode est au départ une grille de lecture du comportement et du psychisme, elle a ensuite totalement investi le monde de l’entreprise, au point que dans les années 1990, bien des commerciaux et tous les publicitaires se devaient, pour apprendre à négocier, communiquer et diriger, de suivre une formation en programmation neurolinguistique.

Première phase : l’observation de leaders d’opinion

Tout commence en 1973. Deux Américains, Richard Bandler étudiant en psychologie à l’université de Santa Cruz, et John Grinder, professeur de linguistique dans la même université, cherchent à élaborer, ensemble, un nouveau type de thérapie. R. Bandler et J. Grinder partent observer des thérapeutes qui, à l’époque, acceptent de recevoir des patients sur qui les thérapies psychanalytiques ne fonctionnent pas : Milton Erickson, père de l’hypnose moderne, Virginia Satir, thérapeute familiale, et Fritz Perl, fondateur de la Gestalt-Therapie. Ils s’aperçoivent que, par-delà la diversité théorique des modèles auxquels ils puisent, tous ces thérapeutes ont une chose en commun : ils utilisent, inconsciemment, des stratégies de communication particulièrement efficaces. Ils en tirent une première conclusion : les décideurs et les leaders d’opinion sont ceux qui communiquent et se comportent selon un certain type de stratégies. Au moment où l’intérêt pour les thérapies non psychanalytiques se développe, ils cherchent à proposer des procédures et des techniques de travail sur soi qui, à la fois, facilitent les apprentissages et permettent un changement durable. R. Bandler et J. Grinder absorbent aussi les travaux des linguistes Alfred Korzybski et Noam Chomsky comme ceux de l’anthropologue et sociologue Gregory Bateson. Dans leur premier livre, The Structure of Magic (1975-1976), ils lancent le concept de programmation neurolinguistique, qui s’appuie sur un triple postulat.

Le premier, c’est que les êtres humains, durant toute leur existence, programment leur façon de penser, d’écouter, de ressentir, de communiquer et de se comporter (programmation). Si nous avons tous un cerveau, chacun d’entre nous possède des logiciels de programmation différents, acquis en fonction de l’expérience. Conclusion : puisque nous avons tous un cerveau, nous sommes tous potentiellement capables de réaliser ce que réalisent les esprits les plus créatifs et brillants. Le deuxième, c’est que nous pouvons, par des techniques d’apprentissage, agir sur notre système nerveux central, en augmentant notre capacité de penser, de ressentir et d’agir (neuro). Le troisième, c’est que notre langage structure et reflète notre mode de pensée (linguistique).

Deuxième phase : la modélisation des vécus

Les premiers modèles élaborés par la PNL s’intéressent surtout au langage en tant que phénomène linguistique. Mais rapidement, sous l’influence du consultant et chercheur Robert Dilts, les modèles s’intéressent avant tout aux représentations sensorielles du sujet. Nous pourrions apprendre à communiquer de façon plus efficace, pour, promet la PNL, mieux canaliser nos émotions, « recoder » notre façon d’être et de ressentir les choses. Comme pour la psychanalyse, on s’intéresse à l’exploration du vécu subjectif et empirique de la personne. Mais, contrairement à la psychanalyse, où l’exploration du vécu subjectif de la personne (ses affects, ses émotions, ses représentations) s’appréhende via la méthode de l’association libre (dites tout ce qui vous passe par la tête comme cela vous vient), il s’agit de codifier ses expériences subjectives et de les modéliser. Autrement dit de décrypter quelles stratégies, quelles représentations sensorielles, quels signaux verbaux et non verbaux on met en place pour, d’une part, se représenter son expérience de vie et, d’autre part, pour manifester ses compétences dans toutes ses interactions avec son environnement.

Mais, pour la PNL, nous n’utilisons pas tous nos sens de la même manière. En 1977, dans son article « EEG and representationnal system », R. Dilts détaille les façons dont un individu se représente son expérience et ce qui est au premier plan dans son corps et son esprit quand il est dans tel ou tel état émotionnel ou qu’il utilise telle ou telle compétence efficace.

Ces questions sont détaillées, l’année suivante, par Leslie Cameron-Bandler. Elle s’intéresse à tous les aspects verbaux et non verbaux de nos systèmes de représentations. Pour nous représenter notre environnement, nous utilisons nos cinq sens (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, et gustatif). Or, chacun d’entre nous privilégie un sens en particulier pour recueillir les informations sur son environnement, notamment quand nous sommes submergés par le stress ou la peur. Ce sens que nous privilégions, c’est, pour la PNL, notre système de représentation sensorielle dominant ou primaire. Par exemple, quand ils tombent amoureux, certains d’entre vous vont être bouleversés par la couleur d’une peau, l’ovale d’un visage (visuel). D’autres par le timbre de voix de l’être aimé (comment les mots résonnent en vous, auditif). D’autres encore, par une sensation plus vague et générale, qu’ils pourraient résumer en disant : « Cette personne me touche au plus profond de moi » (kinesthésique). Même principe pour des choses plus anodines : avez-vous été arrêté par la mise en page (visuel), le ton (auditif) ou le contenu (kinesthésique) de cet article ? Mais, concrètement, à quoi cela sert-il ? Pour la PNL, une fois que l’on connaît son système de représentation préféré, on peut prêter attention aux mots utilisés par les autres et y déceler des indices sur leur propre système de représentation sensorielle : sont-ils plus réceptifs aux images ? Aux mots ? Ou aux sons ? Ainsi, si vous sentez que votre interlocuteur parle un langage « différent » du vôtre, il peut s’avérer utile d’ajuster votre modèle de langage au sien. Par exemple, si vous avez à traiter avec quelqu’un de visuel, multipliez les schémas, et n’hésitez pas à émailler vos propos de « vous voyez » ou « voyons ensemble ».

Troisième phase : extension du domaine d’application

À partir de 1980, R. Bandler et J. Grinder élargissent les champs d’application de la PNL à de multiples domaines comme la créativité, le sport ou la pédagogie. Par exemple, insistent-ils, dans le domaine des apprentissages, les enfants qui privilégient le système visuel devraient ficher leurs cours en faisant des schémas ; ceux qui s’appuient avant tout sur le système auditif ont besoin d’entendre les contenus à apprendre (lecture à voix haute, discussions…). Enfin les personnes qui privilégient le système kinesthésique apprendront mieux leur cours via des séances pratiques. « Certains enfants sont parfois qualifiés de “lents” alors que le style d’enseignement dominant ne convient tout simplement pas à leur mode d’apprentissage préféré », soulignent Romilla Ready et Kate Burton, formatrices en PNL . De même, pour R. Bandler, l’apprentissage de l’orthographe est un problème de stratégie mentale et il convient de trouver, en fonction de l’enfant, celle qui est la plus adéquate. Depuis 2003, on trouve même, en Belgique, une école primaire réservée aux enfants en grande difficulté scolaire, qui applique les stratégies de la PNL dans tous ses cours…

Si l’on peut s’adapter à la façon de communiquer de son interlocuteur, on peut aussi deviner ce à quoi il est en train de penser en observant, disent R. Bandler et J. Grinder, la façon dont il bouge ses yeux : bouge-t-il les yeux en haut à droite ? Il voit des images nouvelles ou différentes. Baisse-t-il les yeux en bas à gauche ? Il se parle à lui-même et se demande ce qu’il veut… Si ce modèle ne décrit pas ce qu’il convient de déduire des pensées d’un interlocuteur doté d’un strabisme convergent, il postule qu’à partir de ces informations, on peut façonner son rapport aux autres via une véritable synchronisation et mimétisme comportemental : repérer les mots, les phrases favorites et la façon de parler de l’autre et les reprendre à son compte ; entrer dans le détail s’il entre dans le détail, prendre la situation dans son ensemble s’il prend la situation dans son ensemble ; s’accorder à son langage corporel, à ses gestes, à son ton, à son rythme, et même respirer au même rythme que lui…

Symptôme néolibéral

Dès lors, on comprend pourquoi, au moment où les gouvernements Reagan et Thatcher contribuent, dans les années 1980, à une montée de l’idéologie néolibérale, la PNL, avec sa recherche de la « performance » et de « l’excellence », se met à intéresser fortement les entreprises, en quête de solutions pour optimiser leurs techniques marketing, leurs performances de vente, aussi bien que leurs méthodes de management. Dès 1979, la première formation certifiante en PNL est lancée par L. Cameron-Bandler et Steve et Connirae Andreas. En 1981, L. Cameron-Bandler et R. Bandler divorcent, au moment même où la PNL devient un marché juteux – ils se déchireront devant les tribunaux, chacun estimant être le chantre du business PNL et donc le plus apte à en recueillir les fruits financiers. Ironie du sort, L. Cameron-Bandler deviendra progressivement l’instigatrice d’une PNL appliquée aux problèmes amoureux et sexuels…

En 1983, c’est au tour de la France, et en 1985 de la Belgique, de bénéficier de formations certifiantes en PNL. À la fin des années 1980, le « jargon » de la PNL s’est tellement instillé dans la vie quotidienne de certaines entreprises ou certains secteurs (publicitaires, télémarketing, représentants de commerce et VRP, agences immobilières, mais aussi direction des ressources humaines…) que les critiques commencent à pleuvoir.


Cet article a été téléchargé à partir du lien ci-après : http://www.scienceshumaines.com/a-quoi-sert-la-pnl_fr_34979.html
L’utilisation de cet article reste sous l’autorisation de son auteur et propriétaire : http://www.scienceshumaines.com



Revenir à l'accueil

Psychaanalyse - 2011 Tous droits réservés - © Psychaanalyse.com -
AvertissementDéontologiePolitique éditorialementions légales