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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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USAGE DÉTOURNÉ DE MEDICAMENTS



USAGE DÉTOURNÉ DE MERCALM, NAUSICALM ET NAUTAMINE

les mesures préventives de l'ANSM

Par David PAITRAUD - Date de publication : 22 Mars 2016


Une enquête d'addictovigilance demandée par l'Agence du médicament (ANSM) en 2014 a mis en évidence un risque d'usage détourné à des fins récréatives des spécialités indiquées dans le mal des transports à base de diménhydrinate, MERCALM et NAUSICALM, et de diphénydramine, NAUTAMINE.

Les adolescents et les jeunes adultes sont particulièrement exposés à ce mésusage pouvant entraîner des complications potentiellement graves.

L'ANSM a pris des mesures visant à limiter l'accès à ces antihistaminiques H1 de 1re génération, à sensibiliser les professionnels de santé et à renforçer l'information générale sur le risque d'abus, de dépendance et d'usage détourné de ces spécialités de prescription médicale facultative.

Un usage détourné à des fins récréatives
L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publie un point d'information sur le risque d'abus et d'usage détourné des antinaupathiques MERCALM comprimé pelliculé sécable (caféine et diménhydrinate), NAUSICALM gélule ou sirop (diménhydrinate) et NAUTAMINE comprimé sécable (diphénydramine).

En effet, de récentes données d'addictovigilance ont mis en évidence une utilisation abusive de ces substances à des fins récréatives (à fortes doses : hallucinations, délires), principalement chez des adolescents ou des jeunes adultes, mais aussi chez des patients souffrant de troubles psychotiques ou ayant des antécédents d'abus et/ou de pharmacodépendance.

Des données d'addictovigilance répertoriées sur une période de 11 ans
En 2014, face à la notification de plusieurs cas d'usage abusif des antinaupathiques (contre le mal des transports) à base de diménhydrinate (MERCALM et NAUSICALM) ou de diphénydramine (NAUTAMINE), l'ANSM a ouvert une enquête d'addictovigilance sur ces médicaments.

Ce travail a permis de répertorier l'ensemble des cas notifiés au réseau des Centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance (CEIP) entre janvier 2003 et mai 2014.

Au total, 59 cas ont été recensés au cours de ces 11 années dont :
• 25 cas de surconsommation possible ou probable,
• 21 cas d'abus,
• 11 cas de dépendance,
• 4 cas de mésusage,
• 1 cas de syndrome de sevrage.

Selon la Commission des stupéfiants et des psychotropes (séance du 12 février 2015), "Dix cas graves ont été rapportés dont un décès de cause inconnue d'un homme ayant une consommation abusive de MERCALM. Quatre cas de soumission chimique dans un contexte d'agression sexuelle ont été signalés, dont 2 en 2014."

L'usage détourné de ces substances est associé aux effets indésirables suivants :
• syndromes de sevrage,
• syndromes atropiniques (ou anticholinergique),
• troubles neurologiques : troubles de la mémoire, hallucinations, agitation, tremblements,
• troubles cardiaques (tachycardie, douleur thoracique), ayant parfois entraîné une hospitalisation.

Selon les résultats de cette enquête, les sujets pratiquant un usage abusif des antinaupathiques sont "principalement des hommes et l'âge moyen est évalué à 33 ans".

Des antinaupathiques de prescription médicale facultative
La diphénhydramine (NAUTAMINE) et le diménhydrinate (MERCALM, NAUSICALM) sont des antihistaminiques H1 de première génération. Ces substances possèdent également des propriétés adrénolytiques et anticholinergiques.

Elles sont indiquées dans la prévention et le traitement du mal des transports.
NAUSICALM est également indiqué dans le traitement symptomatique de courte durée des nausées et des vomissements non accompagnés de fièvre, chez l'adulte et l'enfant.

Ces spécialités sont disponibles en pharmacie sans prescription médicale obligatoire.
Jusqu'en octobre 2015, deux d'entre elles, MERCALM et NAUSICALM, étaient inscrites sur la liste de médication officinale, et pouvaient être présentées en libre accès.

Les mesures pour juguler le mésusage des antinaupathiques
Suivant les recommandations de la Commission des stupéfiants et psychotropes de février 2015, l'ANSM a pris les mesures suivantes pour limiter l'usage détourné des antinaupathiques :
• Fin du libre accès :
o MERCALM et NAUSICALM ont été radiés de la liste des médicaments de médication officinale par décision du 13 octobre 2015.
o Ces spécialités ne doivent donc plus être disposées en libre accès (devant ou à côté du comptoir, à la portée du patient) dans les pharmacies.
• Renforcement de la vigilance :
o Les professionnels de santé, notamment les pharmaciens d'officine, doivent renforcer leur vigilance en cas de demande d'un antinaupathique, notamment lorsque celle-ci semble suspecte ou émane d'adolescents ou de jeunes adultes.
o Les cas douteux laissant envisager un usage détourné ou une pharmacodépendance doivent être déclarés aux CEIP.
• Renforcement de l'information :
o L'information sur les risques d'abus et de pharmacodépendance a été ajoutée et harmonisée dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de ces spécialités.

Risque d'abus et d'usage détourné : les antinaupathiques s'ajoutent aux spécialités de codéine
Récemment, l'ANSM avait communiqué sur les risques de détournement des spécialités de codéine et de prométhazine, utilisées en mélange dans une boisson récréatives dénommée purple drank .
Comme les spécialités antinaupathiques, ces médicaments sont en vente sans ordonnance dans les pharmacies et les adolescents et jeunes adultes représentent la population la plus exposée à ces pratiques.

A cette occasion, l'ANSM avait rappelé aux pharmaciens d'officine leur droit à refuser de dispenser un médicament lorsque l'intérêt pour la santé du patient leur paraît l'exiger (article R.4235-61 du Code de la Santé publique).

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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