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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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USAGE DÉTOURNÉ DE MÉDICAMENTS PSYCHOTROPES



USAGE DÉTOURNÉ DE MÉDICAMENTS PSYCHOTROPES PAR LES JEUNES

l'OFDT analyse les facteurs de risque et motivations

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE - Date de publication : 14 Avril 2016

L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) vient de publier une revue de littérature sur les usages détournés de médicaments psychotropes par les moins de 25 ans.

Cette revue, essentiellement constituée d’études françaises et nord-américaines, fait le point sur le nombre d'adolescents concernés en France, les facteurs de risque, motivations, perceptions et sources d’accès à ces médicaments. Elle rappelle les liens entre usage détourné et usage d’autres substances psychotropes licites (alcool et tabac) et illicites.

Par ailleurs, elle replace ces usages détournés dans le contexte plus large de la médicalisation du bien-être psychique et des niveaux élevés de prescription de ces médicaments en France.

Malgré les études disponibles, les données manquent encore sur le parcours qui amène à ce mésusage, ainsi que sur les modes d’utilisation des médicaments détournés, en particulier en France.

En France, plusieurs enquêtes montrent des niveaux élevés de consommation de médicaments psychotropes en population générale, y compris chez les plus jeunes (INPES, mars 2014). Ce phénomène, surtout sensible pour les anxiolytiques et les hypnotiques, interroge sur une banalisation possible, chez les jeunes patients, des prescriptions de médicaments psychotropes ainsi que sur l'existence d'usages détournés.

En 2014, près d'un jeune Français sur 4 a déjà pris un médicament psychotrope

En France, la diffusion des médicaments psychotropes parmi les jeunes de 17 ans s'est accentuée entre 2011 et 2014, alors qu'elle avait diminué entre 2008 et 2011 (enquête ESCAPADE - OFDT 2014). Environ 25 % des jeunes interrogés en ont déjà pris au moins une fois.

Cette reprise de la hausse de l'expérimentation concerne notamment les anxiolytiques et les hypnotiques : leur expérimentation est passé en 4 ans de 15,0 % à 15,8 % pour les anxiolytiques et de 10,7 % à 12,6 % pour les hypnotiques : (tableau à consulter sur le site VIDAL)

Comme en population adulte, l'usage de médicaments psychotropes se trouve être presque 2 fois plus fréquent parmi les jeunes filles, quelle que soit la catégorie de psychotropes.

De plus, les anxiolytiques sont les médicaments dont la consommation est le plus souvent renouvelée : 4,2 % des adolescentes déclarent en avoir pris plus de dix fois au cours de leur vie, contre 2,0 % pour les somnifères et 1,5 % pour les antidépresseurs.

L'OFDT publie une revue des études sur les usages détournés des médicaments psychotropes par les moins de 25 ans

En décembre 2015, l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies a publié, sous la plume de Maïtena Milhet, une revue de littérature sur les usages détournés des médicaments psychotropes par les moins de 25 ans. Cette revue reprend non seulement les résultats des enquêtes épidémiologiques, mais également ceux d'études qualitatives. La majorité des données ont été collectées et analysées en Amérique du Nord.

Les auteurs ont tout d'abord constaté que 2,6 % des 12-25 ans américains en 2014 ont détourné des médicaments psychotropes de leur usage : (tableau à consulter sur le site VIDAL)

Cette revue fait également, entre autres sujets, le point sur les facteurs de risque et les motivations des adolescents et des jeunes adultes qui ont un usage détourné de ces médicaments.

Les facteurs de risque d'usages détournés de médicaments psychotropes chez les jeunes

Selon cette revue de littérature, les études sur les usages détournés de médicaments psychotropes par les jeunes de moins de 25 ans ont mis en évidence les facteurs de risque suivants :
• l'âge (l'usage détourné augmente avec l'âge pour tous les médicaments étudiés, à l'exception des sédatifs) ;
• l'usage passé ou concomitant d'autres substances psychotropes licites (alcool et tabac) ou illicites (cannabis, ecstasy, cocaïne, etc.) ;
• l'attitude des parents (lorsque les parents désapprouvent l'usage de substances psychotropes et s'impliquent "fortement" dans le parcours de leur enfant, l'usage détourné est moindre) et celle des amis proches ;
• une recherche de sensations fortes ;
• la perception d'un faible danger lié à la prise de ces médicaments.
Néanmoins, ces études ne permettent pas de dire à quel moment du parcours d'un jeune adulte ces différents facteurs jouent un rôle, ni quelle est leur influence respective.

Les motivations des adolescents et jeunes adultes pour détourner l'usage de psychotropes

Selon la revue de l'OFDT, les motivations qui poussent les jeunes à consommer des médicaments psychotropes en dehors du cadre médical sont de 4 ordres :

• la curiosité,
• l'automédication vis-à-vis d'une douleur physique ou morale,
• la fête,
• la réussite scolaire ou académique, ou réussite tout court ("moyen logique de répondre aux exigences de réalisation qui pèsent sur eux bien au-delà de la sphère académique").

Les usages détournés sont généralement guidés par plusieurs motifs concomitants et les jeunes ont généralement recours à plusieurs classes de médicaments.

Même s'il s'agit d'un usage détourné, les jeunes ont tendance à considérer qu'ils ne s'exposent à aucun danger compte tenu du fait qu'ils consomment des médicaments largement présents dans leur environnement : ni risque pour leur santé, ni culpabilité vis-à-vis de leur consommation.

De plus, ils considèrent que ces médicaments sont une alternative moins risquée à la prise de drogues illicites : pas de dommage sanitaire perçu, malgré les risques addictifs, et pas de réprobation sociale.

Plusieurs sources d'approvisionnement de ces médicaments, mais les données manquent

Moins étudiée que les facteurs de vulnérabilité ou les motivations, la source d'accès à ces médicaments la plus fréquente semble se situer plutôt dans l'entourage proche : la famille ou les amis.

L'OFDT note que la société se médicalise, de multiples médicaments contenant des substances psychotropes sont en vente, dont certains sans ordonnance (contenant de la codéine par exemple). De plus, l'achat de médicaments sur internet se développe.

Mais l'absence de données sur ces achats en ligne ou par le biais d'un professionnel de santé (médecin, pharmacien) manquent, rendant difficile l'analyse des stratégies mises en oeuvre par les jeunes pour se procurer de tels médicaments. .

D'autres zones d'ombre restent à explorer

Outre l'analyse des sources d'approvisionnement, un certain nombre d'aspects relatifs à ces usages détournés ont été peu étudiés et restent obscurs. Ainsi, les modalités d'usage de ces médicaments, les contextes de sociabilité et d'échanges dans lesquels ils sont consommés, ainsi que les trajectoires individuelles, sont très peu explorés par les chercheurs.

Tout au plus certains auteurs replacent les usages détournés de médicaments psychotropes par les jeunes adultes dans le contexte global d'une société qui médicalise la santé et le bien-être psychique.

En conclusion : un effet collatéral de la médicalisation de la société ?

L'OFDT constate donc une expérimentation importante des psychotropes par les jeunes en France. L'analyse de la littérature, en particulier américaine, montre un usage détourné par une minorité s'apparentant à une conduite addictive aux dangers sous-estimés, mais plus acceptée socialement que l'addiction à des substances illégales.

L'OFDT souligne que plusieurs études "replacent les usages détournés de médicaments par les jeunes dans le contexte global d'une socité qui se médicalise". D'autres s'appuient davantage sur les mécanismes de l'addiction "classiques" pour expliquer cet usage détourné.

Les auteurs estiment donc que davantage d'études sont nécessaires, en particulier en France, car si les travaux examinés fournissent des éclairages très utiles, ils ne sont pas directement transposables à la situation et aux pratiques des jeunes Français.


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