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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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ANTIDÉPRESSEURS CHEZ L'ADOLESCENT



ANTIDÉPRESSEURS CHEZ L'ADOLESCENT

LEUR EFFICACITÉ MISE EN DOUTE



L'utilisation de médicaments antidépresseurs pour soigner les enfants et adolescents atteints de dépression est sujet à controverse. Une étude publiée le mercredi 8 juin 2016, dans The Lancet, montrerait que les antidépresseurs ne semblent pas offrir un bénéfice évident chez les enfants et les adolescents.

Par Marie Anton - Rédigé le 09/06/2016

La dépression majeure est le trouble mental le plus commun chez les adolescents mais il est difficile à diagnostiquer et à traiter. Cette maladie touche environ 3% des enfants de 6 à 12 ans et entre 8 à 12 % des adolescents en France. Le débat sur l'utilisation des antidépresseurs chez ces enfants et les adolescents est ancien, ce type de médicament potentialisant le risque de passage à l’acte dans les premiers jours de traitement.

Une équipe internationale de spécialistes a décidé d’examiner la question sur la base de données testant l’efficacité clinique des antidépresseurs chez les adolescents. Une sélection de 34 études de la littérature les plus significatives a été faite. La méta-analyse inclue ainsi l'évaluation de l'efficacité de 14 antidépresseurs sur 5.260 participants âgés de 9 à 18 ans. Néanmoins, il faut noter que 29% des études sélectionnées sont à haut risque de biais, 59% des études ont un risque de biais modérés et 12% un risque faible.

Sur les 14 antidépresseurs testés, seule la fluoxetine, commercialisée sous le nom de Prozac®, serait plus efficace (plus d’avantages que de risques) qu'un placebo pour traiter les symptômes d’une dépression. Elle serait également mieux tolérée avec moins d'effets secondaires et constituerait la meilleure option quand le traitement médicamenteux est indiqué. La nortriptyline a pour sa part été jugée le moins efficace des 14 antidépresseurs étudiés et l’imipramine le moins bien toléré. La venlafalxine est associée à un risque accru de pensées suicidaires.

Les chercheurs reconnaissent que la véritable efficacité et les risques d'effets indésirables graves de ces médicaments restent dans l’ensemble méconnus en raison de la faiblesse des essais cliniques existants.
Sous-diagnostic et sous-traitement de la dépression chez l'adolescent

Les symptômes dépressifs de l'adolescent sont différents de ceux de l’adulte. Chez l’adulte, la dépression se manifeste par une tristesse, un ralentissement, une perte d’envie. "Chez l’adolescent on voit plutôt de l’irritabilité, de la colère, le développement de comportements à risque comme la consommation de drogues", explique le Dr Florian Ferreri, psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine (AP-HP). Le diagnostic est d’autant plus difficile à faire que certains ressentis typiques de l’adolescence ("Je suis un bon à rien, tout est nul, rien ne m'intéresse"), peuvent être proches des symptômes dépressifs, selon le psychiatre. Mais il ne faut pas sous-estimer la dépression chez l'adolescent. Elle doit être traitée.

Le débat sur le recours aux antidépresseurs est ancien. En 2004, la FDA (Food and Drug Administration) aux USA a demandé aux praticiens de faire attention à l’usage des antidépresseurs chez les enfants et les adolescents à cause du risque de suicide accru en début de traitement. En France, une alerte avait aussi été lancée. "Ces alertes ont conduit les médecins à faire moins de diagnostics de dépressions et à une moindre prescription d’antidépresseurs , certains adolescents sont sous-traités et la suicidalité a augmenté aux USA ces dernières années", regrette le Dr Ferrari.

"Il ne faut pas éliminer d'emblée l'idée de tout traitement antidépresseur des possibilités thérapeutiques", précise-t-il. Les antidépresseurs peuvent avoir leur rôle à jouer, mais la prescription doit être faite par un spécialiste et les adolescents doivent être étroitement surveillés pendant les premiers jours du traitement qui peut augmenter le risque de pensées suicidaires et de passages à l’acte.
Un modèle biologique différent, une prise en charge adaptée

L'adolescent n'a pas exactement le même modèle biologique que l'adulte. Son cerveau est en pleine maturation, en remaniement constant. "Il est possible que les systèmes de communication grâce aux neuromédiateurs ne soient pas aussi stables que chez l’adulte. Ceci pourrait expliquer que les effets secondaires surpassent les bons", suggère le Dr Ferreri. C’est en ce sens que l’efficacité d'un antidépresseur peut être moins bonne. Le rapport bénéfice-risque est plus variable que chez l’adulte. "Les antidépresseurs visent à traiter notamment la fatigue et le ralentissement créé par la maladie, explique le Dr Ferrerari. Chez l'adulte cela peut avoir exactement l’effet désiré mais chez l’adolescent, le regain d’énergie peut être négatif et se traduire par de l'agressivité."

Une majorité de psychiatres semble en accord sur le fait que le traitement de la dépression chez l'adolescent doit commencer par un soutien psychologique, les antidépresseurs ne devant pas être pris seuls en première intention si un suivi immédiat n’y est pas associé. "Mais il ne faut pas refuser le recours aux médicaments à partir du moment où l’on surveille l’adolescent. Il ne faut pas céder au principe de précaution à priori", selon le Dr Ferreri, le risque étant de sous-traiter la dépression et de ne pas utiliser toutes les armes qui peuvent potentiellement en combattre les symptômes.

Étude de référence : Comparative efficacy and tolerability of antidepressants for major depressive disorder in children and adolescents: a network meta-analysis, The Lancet, 08 June 2016, DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30385-3


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