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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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MORT DE FRANÇOIS ROUSTANG



MORT DE FRANÇOIS ROUSTANG, PSYCHANALYSTE ICONOCLASTE

Par Robert Maggiori — 24 novembre 2016

Polémiste et touche-à-tout, il fut à la fois hypnothérapeute, expert en psychopathologie, philosophe ou théologien.
Psychanalyste de renommée internationale, François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre, à 93 ans. On le qualifiait souvent de «dissident», ou de loup solitaire, et il n’était pas en effet un homme de credo, ni d’école ni de groupe, pas même d’une seule casaque, car tout à la fois expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien…
D’abord membre de la Compagnie de Jésus, il est vite rebuté par le fonctionnement de l’institution et les «fermetures» d’un certain esprit religieux. Il finit par quitter ses habits de jésuite pour revêtir, formé par Serge Leclaire et disciple de Lacan, ceux de psychanalyste. Mais l’institution psychanalytique lui pèse également, comme lui semblent carentiels certains concepts de la psychanalyse, notamment la notion de «transfert» qui lui paraît non seulement improductive mais quasiment pathogène, source en tout cas de bien des maux. Bientôt Freud, Lacan lui-même, et toute la psychanalyse recevront les flèches empoisonnées de sa critique.

Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux «trahi» par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l'«autre père» de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. Il s’intéresse à la suggestion, au chamanisme, au magnétisme - mais la rencontre décisive, joyeuse et libératrice selon ses propres termes, fut la rencontre avec la pratique de l’hypnose. Elle lui permettra de mettre fin à ce qui était considéré comme un point basilaire de la psychanalyse, à savoir l'«écoute» de la plainte - cette plainte du patient qui selon lui n’était que la façon, pour l’analyste, de le maintenir couché sur le divan. La fin de la plainte connaîtra un grand succès public.

Pour François Roustang, il fallait renoncer à l’illusion de maîtriser sa vie, et même de vouloir constituer un «Je» souvenir, pour, au contraire, laisser parler le corps, s’abandonner, «lâcher prise», comme il disait - ne rien vouloir, ne rien attendre, car, en n’attendant plus rien, on se rend disponible, on creuse la place pour que de là jaillissent «les forces vives qui sont en nous». L’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce même : il subit durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Il a continué à creuser son sillon avec obstination, pour tenter de dire, d’une façon très originale, ce qu’est cette chose si simple et pourtant «impossible»: vivre.

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