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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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LA DÉPRESSION



IDÉES REÇUES SUR LA DÉPRESSION

Peu repérable voire presque invisible, la dépression concerne pourtant plus de 3 millions de Français d'après une étude de la DREES. L’absence de signes physiques de cette maladie laisse place à d’innombrables idées reçues. Pas toujours fausses, elles sont des réponses trop simples à des questions complexes. Marie-Claude Gavard est psychiatre, psychothérapeute et psychanalyste, et fait de la lutte contre les idées toutes faites son cheval de bataille.

Par Charlotte Herzog

Un dépressif n’a pas de volonté

M-C G. : La dépression n’a rien à voir avec la volonté. Dire à une personne dépressive : « Secoue-toi ! », c’est comme entreprendre la réparation d’une télévision à grands coups de pied dedans. On abîme le téléviseur, c'est tout. La personne déprimée le reste et en plus, culpabilise de l’être. C’est la double peine. En pleine dépression, la personne n’arrive plus à rien : ce n’est pas qu’elle n’a pas envie de se lever ou d'agir. Elle ne peut tout simplement pas le faire. Sous-entendre qu’un dépressif se laisse aller ou s’écoute un peu trop est une erreur. Il est malade. Quand quelqu’un a une grippe ou un diabète, est-ce parce qu’il s’écoute trop ?
Sans pression extérieure et en faisant le moins d’effort possible, le dépressif guérira plus vite. A celui qui a la jambe plâtrée, on ne dit pas « Dépêche-toi de cicatriser ! ». Au diabétique on ne dit pas « arrête d’être diabétique ». Pour la dépression, c’est pareil.

Un dépressif va mal alors qu’il n’a mal nulle part

M-C G. : La dépression est un bug de la chimie cérébrale. C’est un dysfonctionnement des neuromédiateurs – par exemple la dopamine ou la sérotonine –, ces substances chimiques qui agissent sur notre tonus, notre humeur ou notre appétit de vivre. C’est une maladie physique, déclenchée le plus souvent par un trouble psychologique. Notre façon d'agir, de penser, d’aimer sont impactées par nos neuromédiateurs qui participent au bon fonctionnement des neurones. Si elle le ressentait, la personne déprimée pourrait dire « J’ai mal à mes neuromédiateurs, pouvez-vous me prescrire un traitement ? », car physiologiquement, c’est le cas. Si la dépression provoquait un peu de fièvre et quelques boutons, les gens se soigneraient tout de suite et la maladie serait traitée plus objectivement.
Les dépressifs non diagnostiqués qui pensent – souvent à tort - que « c’est comme ça, peut-être qu’un jour, ça passera », éviteraient de souffrir. Mais les symptômes comme les troubles du sommeil ou la difficulté d’agir sont souvent balayés d’un « c’est juste parce que rien ne va avec mon conjoint » ou « mon patron veut ma peau». Cette absence de signes physiques n’aide pas à faire la différence entre un coup de blues, passager, et un début de dépression, à soigner.

Un dépressif a forcément subi un choc

M-C G. : Non, sinon le nombre de personnes concernées par la dépression serait moindre. La dépression est multifactorielle et les problèmes psychologiques appelés “facteurs déclenchants” du dérèglement physique, sont divers. Ils peuvent prendre leur source ailleurs que dans une situation dramatique. La dépression est la résultante d’accidents, de vécus de l’enfance qui n’ont pas été dépassés, d'un manque de confiance en soi, d'une vulnérabilité génétique… Dans la dépression saisonnière - en dehors de la maladie bipolaire -, par exemple, la diminution du nombre d'heures de luminosité du soleil entraîne une perturbation de la chimie cérébrale. La dépression peut aussi être dissociée d’un problème psychologique. Des maladies, comme la sclérose en plaques ou certains traitements hormonaux, peuvent en déclencher.

La dépression est un problème de riches

M-C G. : N’importe qui peut faire une ou plusieurs dépressions dans sa vie, quelle que soit sa catégorie socioprofessionnelle. Dire à une personne en dépression : « Tu n'es qu’un enfant gâté qui a le temps d’aller mal », reviendrait à dire à quelqu’un qui a une jambe cassée : « Tu n'es qu’un enfant gâté qui a le temps de se faire une fracture ». Après, il est vrai que les habitants de pays en guerre sont tellement dans une optique de survie, qu’ils sont moins déprimés. Ils sont dans l’action jusqu’à l’épuisement. Mais une fois le combat, le gros conflit ou la peur passés, « les nerfs lâchent » et il peut y avoir une dépression. Il y a aussi des quotidiens presque ordinaires qui demandent beaucoup de munitions. Un déprimé non diagnostiqué, par exemple une mère célibataire qui est forcée d’être sur tous les fronts à la fois, pourra avoir des symptômes de dépression, mais n'en tenir compte que plus tardivement.

Un dépressif ne cherche pas de solutions à ses problèmes

M-C G. : Tout le monde a des problèmes. Cette idée insinuerait que le dépressif n'est pas capable d'essayer de résoudre les siens, ce qui n'est pas le cas. Il peut ponctuellement, du fait de la dépression, être incapable d'agir, de se concentrer et de bâtir une stratégie pour s'en sortir. De plus, que veut dire : « trouver une solution à son problème » pour des parents qui sont, par exemple, en deuil suite à la perte de leur enfant ? Dans ce cas, la dépression peut être longue, le cerveau met du temps à fonctionner à nouveau correctement et le traitement doit être prolongé. Lorsque l’on est déprimé à cause d’ un chef pervers narcissique, par exemple, le vrai problème, c’est lui : c'est le facteur déclenchant. Les dépressifs se demandent souvent comment ils vont s’en sortir car être déprimé est vraiment pénible. Ils ruminent fréquemment le lot de pensées noires un peu obsédantes qui vont avec. Une sorte de répétition, comme la sensation d'être dans une roue de hamster.
Se sentir compris les soulage. Évidemment qu’ils ont du mal à y arriver, leur chimie cérébrale ne fonctionne pas bien. Pour eux, agir est difficile. La solution pour guérir la dépression est un traitement médical adapté, qui peut associer des médicaments, une psychothérapie, l'hypnose, la relaxation, la méditation, le repos... et la compréhension de l'entourage.


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