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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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CANNABIS



LE CANNABIS PEUT-IL DÉCLENCHER UNE SCHIZOPHRÉNIE ?


Journée mondiale de la santé mentale - Quels liens existe-t-il entre consommation de cannabis et schizophrénie ? Le point avec le Dr Alice Deschenau, psychiatre en addictologie.


Par la rédaction d'Allodocteurs.fr - Rédigé le 10/10/2018

Le cannabis peut-il entraîner la schizophrénie ou est-ce la présence, même encore embryonnaire, de cette maladie qui favorise l'usage du cannabis ? De récentes études basées sur une approche génétique tentent d'y répondre.

La schizophrénie touche presque 1% de la population en France et ailleurs. Elle débute le plus souvent entre 15 et 25 ans mais son diagnostic est parfois retardé. Les symptômes les plus impressionnants sont les troubles délirants qui prennent différentes formes avec notamment des hallucinations. Mais tous les mécanismes de délires peuvent exister. Les autres symptômes sont moins connus du grand public et pourtant très invalidants. Les troubles dits négatifs entraînent un appauvrissement de la vie psychique. Les émotions sont émoussées. Il existe des troubles cognitifs et un retrait social.

Enfin, les personnes schizophrènes subissent une désorganisation de leurs pensées avec des discordances entre pensées, émotions et actes ou encore des troubles de planification. La schizophrénie est une pathologie chronique, qui a de lourdes conséquences en termes d'espérance de vie et de qualité de vie, mais qui peut aussi être très bien stabilisée et asymptomatique, notamment par le biais des traitements existants.

Le cannabis favorise les symptômes psychotiques délirants

Les données de l'Observatoire français des drogues et toxicomanies concernant les jeunes de 17 ans en 2017 indiquent que 39,1% des jeunes avaient expérimenté le cannabis. 9,7% des garçons et 4,5% des filles ont une consommation régulière (au moins 10 fois dans le mois). Ces chiffres, s’ils restent élevés par rapport à nos voisins européens, sont en baisse.

L'usage du cannabis est plus fréquent chez les personnes schizophrènes. Les chiffres varient, mais même avec une fourchette large de 20 à 40% d'usagers en cas de schizophrénie, on est au-dessus des 11% d'usagers dans la population adulte française.

Il est par ailleurs établi que le cannabis favorise les symptômes psychotiques délirants. Les personnes schizophrènes qui consomment du cannabis sont plus à risque de manifester ces troubles, qui sont plus précoces et plus résistants au traitement médicamenteux. Le tétrahydrocannabinol (THC), une des molécules psychoactives du cannabis, est identifié comme favorisant ces troubles délirants. Et l'usage de cannabis très chargé dans cette substance, comme par exemple la skunk, est un grand pourvoyeur de ces symptômes délirants quand on a une schizophrénie. Et ce, d'autant plus s'il est faiblement pourvu en cannabidiol (CBD), qui aurait un effet protecteur.

L'usage du cannabis peut-il déclencher une schizophrénie ?

Le cannabis favorise les symptômes délirants en cas de schizophrénie mais peut-il déclencher la maladie, c'est là tout le débat. Des travaux montrent la toxicité du cannabis envers les cellules neuronales, d'une manière pouvant favoriser l'enclenchement de la schizophrénie. L'épidémiologie montre que les fumeurs de cannabis à l'adolescence sont plus à risque de développer une schizophrénie plus tard par rapport aux non-fumeurs. C'est ce qui a amené plus récemment les scientifiques à dire que le cannabis pouvait enclencher une schizophrénie chez des personnes qui ne l'auraient pas eue.

Pour autant, l'augmentation des taux de THC dans le cannabis qui est sur le marché et l'augmentation d'usagers de cannabis qui a été la règle jusque récemment, n'ont pas eu pour conséquence une augmentation de la fréquence de cette maladie.

La schizophrénie favorise l'usage du cannabis

Un des axes de travail est de chercher des liens génétiques. La schizophrénie comme les conduites addictives sont multifactorielles, comprenant des facteurs favorisants de nature génétique. Il ne s'agit pas d'un gène mais de plusieurs gènes constituant un sur-risque de pathologies.

C'est ce qu'on cherche à observer dans les études. On utilise des bases de données génétiques de cohortes de personnes et on observe celles qui ont développé une schizophrénie, de même pour l'usage du cannabis. Ces études ne sont pas simples à réaliser. Des points méthodologiques comme le critère d'usage du cannabis (usage une fois, usage régulier, usage durant telle période, etc.) peuvent impacter les résultats.

La dernière étude publiée cet été sur le sujet dans Nature conclut que le cannabis n'enclenche pas la schizophrénie mais que c'est essentiellement la schizophrénie qui favorise l'usage du cannabis. C'est-à-dire que des personnes qui ne sont pas encore symptomatiques de leurs pathologies sont plus à même de fumer du cannabis.

Le cannabis est-il un révélateur de la maladie ?

Il est toutefois trop tôt pour dire que l'usage du cannabis est un révélateur de la maladie. Des recherches doivent être réalisées par d'autres équipes, qui, si elles obtiennent les mêmes résultats permettront alors de conclure. La question est finalement de savoir :
• si le cannabis déclenche la schizophrénie chez quelqu'un qui l'aurait eue
• si le cannabis déclenche la schizophrénie chez quelqu'un qui ne l'aurait pas forcément eue
• si la schizophrénie et l'usage du cannabis partagent une vulnérabilité commune, en particulier génétique, qui favorise leur cooccurrence.

Cette question n'est pas encore réglée. Cependant, ces travaux permettent chaque fois d'avancer un peu plus et de trouver des gènes et leurs variantes qui progressivement nous permettront de comprendre. Il sera alors possible d'envisager une nouvelle approche de la prévention de ces troubles ou de leurs thérapeutiques.

Proscrire le cannabis en cas d'antécédents familiaux de schizophrénie

En pratique, il faut retenir que, le cannabis, surtout les variantes fortes en THC, ne sont pas favorables aux troubles psychologiques, plus largement que la schizophrénie seule. Concernant cette dernière, lorsqu'on en souffre ou qu'on a des antécédents familiaux au premier degré, l'usage du cannabis est à proscrire.


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