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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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FREUD, CE FAUX FRERE - Article de Paris Match octobre 2013 au sujet du roman de GOCE SMILEVSKI - LA LISTE DE FREUD



FREUD, CE FAUX FRÈRE
Article de Paris Match octobre 2013 au sujet du roman de
GOCE SMILEVSKI - LA LISTE DE FREUD

L’auteur macédonien raconte comment le père de la psychanalyse a abandonné ses soeurs qui ont péri en camp de concentration. Un roman sensible qui fait scandale.
A -t-on le droit d’évoquer la petitesse des grands hommes ? Un bestseller, très décrié, l’ose. En 1938, alors que les amis de Freud l’ont enfin convaincu de fuir Vienne occupé par les nazis, celui-ci doit choisir les proches qui le suivront dans son exil anglais. « J’ai eu l’idée de “La liste de Freud” quand je me suis rendu compte que les biographes évitaient de mettre en relation deux faits établis, explique Goce Smilevski. D’abord, il était si célèbre qu’il pouvait partir avec autant de personnes qu’il le souhaitait. Ensuite, on apprend au détour d’une ligne que quatre de ses soeurs ont péri au cours de l’Holocauste… Pourtant, il a emmené avec lui près de vingt personnes, dont ses servantes, sa belle-soeur, son médecin et même son chien ! » Comment expliquer cet oubli tragique et incompréhensible ? Pour percer ce mystère, Goce Smilevski nous replonge avec maestria dans la vie intellectuelle et artistique bouillonnante du Vienne d’avant-guerre, et donne la parole à Adolfina Freud, dont Sigmund disait : « C’est ma soeur préférée, mais elle est trop sensible… » On sait très peu de choses d’elle, si ce n’est qu’elle s’est dévouée corps et âme à sa famille.
Elle s’occupait ainsi des enfants de Sigmund et a veillé sur sa mère, Amalia, jusqu’à sa mort. « Pourtant, cette dernière l’a toujours maltraitée et considérée comme une idiote, s’insurge Smilevski. J’ai voulu rendre justice à ce personnage oublié. » Au cours de son récit, la discrète Adolfi na croise d’autres héroïnes qui ont dû elles aussi se battre pour exister dans l’ombre de leur frère célèbre : Ottla Kafka et surtout Klara Klimt, la soeur du peintre, enfermée de longues années dans une institution psychiatrique. Sans doute a-t-elle payé pour ses combats féministes, une folie dans une société très misogyne. Freud, lui-même, cassant, arrogant, macho, ne sort pas indemne de ce livre que certains critiques réduisent trop vite à une attaque de plus contre le psychanalyste.
« Je procède plutôt à un réexamen de ses théories, modère Smilevski. Moi, je ne pense pas qu’on puisse comprendre la psychologie des femmes à travers le seul prisme du “pénis manquant” ! » Autre critique appuyée, celle de Joyce Carol Oates qui a pris la plume pour déplorer, dans « The New York Review of Books », que la frontière soit si floue entre fiction et réalité. « Je lui ai répondu qu’un écrivain a le droit à l’imagination. Elle en est convenue et m’a écrit qu’elle était désolée de ce malentendu », raconte Smilevski, avant d’ajouter fièrement : « Plus tard, lorsqu’on a lui demandé quel livre lui avait fait la plus forte impression ces dernières années, elle a cité le mien ! En précisant qu’il était à la fois formidable et très polémique… »
L’essentiel est ailleurs : Goce Smilevski a le don de mettre en lumière les grandes idées qui ont agité le monde tout en les faisant vivre à travers des personnages de chair et de sang. Son premier roman, « Conversation avec Spinoza », pas encore traduit, racontait le désarroi du philosophe juif, mis au ban de sa communauté à Amsterdam pour avoir af rmé que le chemin vers Dieu passait par la raison plutôt que par la Torah. « Moi, je crois qu’on ne peut séparer l’émotion et la pensée, que les deux se nourrissent l’une l’autre », glisse l’auteur. Tant pis si les gardiens du temple freudien, comme Elisabeth Roudinesco, crient à l’hérésie. La bonne littérature emprunte rarement les voies de l’orthodoxie.

« La liste de Freud », de Goce Smilevski, éd. Belfond, 273 pages, 20,50 euros.

TRADUITE EN PLUS DE 30 LANGUES, « LA LISTE DE FREUD » A REÇU LE PRIX EUROPÉEN DE LITTÉRATURE.

PARIS MATCH © Patrick Fouque
Mise à jour le 05 octobre 2013
PAR FRANÇOIS LESTAVEL

© http://www.parismatch.com/Culture/Livres/GOCE-SMILEVSKI-FREUD-CE-FAUX-FRERE-532226



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