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Pierre-Etienne GAUTIER,
Psychanalyste Jungien Indépendant


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SANTE LES INEGALITES



Comment réduire les inégalités de santé ?
Florence Jusot

Mis à jour le 25/02/2015

Une partie de la population ne se fait pas soigner régulièrement, par méconnaissance des acteurs de la santé et par peur des frais à engager. ?On peut inverser la tendance!

Si tout le monde consulte un médecin généraliste, les inégalités surgissent dès qu’il est question de soins spécialisés ou préventifs. Par exemple, les 25?% de la population disposant des revenus les plus élevés recourent près de deux fois plus à des soins de spécialistes ou à des actes de dépistage comme la mammographie et la coloscopie que les 25?% les plus pauvres. La France fait partie des pays où les inégalités face aux soins préventifs sont les plus élevées. Or, les difficultés d’accès aux diagnostics médicaux et aux traitements et les renoncements aux soins qui en découlent sont clairement des facteurs de dégradation de l’état de santé.

Une moindre connaissance des filières médicales, un rapport particulier au corps et à la maladie, des attitudes différentes à l’égard du risque ou encore un horizon temporel spécifique peuvent tout d’abord expliquer que les populations les plus pauvres et les moins éduquées se soignent moins fréquemment, plus tardivement et s’orientent davantage vers les soins curatifs.

Mais ce sont surtout les barrières financières qui sont en cause. D’après l’enquête «Santé protection sociale» de l’Irdes en 2012, 26% de la population déclarent avoir renoncé à au moins un soin pour des raisons financières. Ce taux décroît substantiellement avec le revenu: 37% des plus pauvres disent avoir renoncé à un soin contre 13% des plus riches. Les renoncements concernent principalement les actes coûteux et peu couverts par la Sécurité sociale: les soins dentaires, auxquels 18% de la population renoncent, la lunetterie (10%) et les consultations de médecin (6%). La privation est deux fois plus fréquente au sein des 5% de la population non couverts par une assurance complémentaire. Parmi ceux qui le sont, les renoncements diminuent avec la qualité des contrats. Enfin, l’ampleur des dépassements d’honoraires et la moindre densité de spécialistes dans les zones rurales ou périurbaines expliquent les inégalités.

Les difficultés d’accès à la santé relèvent aussi du système de soins lui-même. La distance sociale et culturelle entre le médecin et les patients les plus modestes réduirait la qualité des échanges durant la consultation et donc celle du diagnostic.

Les inégalités ne sont pas une fatalité?

Par ailleurs, les inégalités sont les plus fortes dans des pays comme la France, ayant mis en place un système d’assurance financé par les cotisations sociales, où une part importante du coût des soins est laissée à la charge des patients et où les médecins sont rémunérés à l’acte. Elles diminuent dans les pays disposant de services nationaux de santé, comme le Royaume-Uni, où les dépenses publiques, financées par l’impôt, représentent une proportion plus importante. Les soins y sont le plus souvent gratuits et le médecin généraliste a un rôle de coordinateur et d’orienteur dans le système.
Les inégalités sociales de santé ne sont pourtant pas une fatalité. En effet, celles-ci se réduisent aujourd’hui dans certains pays, comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, engagés depuis plus d’une dizaine d’années dans des politiques globales, s’attaquant à l’ensemble des causes d’inégalité tout en impliquant fortement les professionnels de santé. Par exemple, en France, une première étape consisterait à mieux contrôler les dépassements d’honoraire et à généraliser le recours à une complémentaire santé de qualité pour tous. Par ailleurs, des interventions dans le secteur des soins primaires ont montré leur efficacité pour réduire les inégalités?: les actions de prévention ciblées menées dans les milieux de vie (ateliers santé-ville et associations de femmes relais jouant les médiatrices avec les communautés) ou encore l’accompagnement personnalisé, par entretien téléphonique entre les infirmières et les malades chroniques, comme le programme Sofia proposé par l’Assurance-maladie aux diabétiques.

À LIRE

• «Les inégalités de recours aux soins: bilan et évolution»
Florence Jusot, Revue d’épidémiologie et de santé publique, vol. LXI, n° 3, août 2013.
• «La complémentaire santé: une source d’inégalités face à la santé»
Florence Jusot, Les Tribunes de la santé, n° 43, 2014/2.

Une offre de soin mal répartie

Les professionnels libéraux préfèrent s’installer dans certaines régions plutôt que dans d’autres?: Paca comprend 122 médecins généralistes pour 100?000 habitants alors que la Région Centre, l’une des moins couvertes, n’en compte que 86. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène comme la préférence pour des territoires où il fait bon vivre ou encore le critère économique (forte demande de soin locale, en raison d’une population vieillissante, par exemple). Cependant, la cause essentielle reste le lieu d’études. C’est pourquoi, selon les économistes Éric Delattre et Anne-Laure Samson, lutter contre la désertion médicale nécessite d’adapter les numerus clausus aux besoins territoriaux. De leur côté, les collectivités locales, aidées de l’État et de l’Assurance maladie, financent tout ou partie de la formation à condition que le diplômé s’installe dans le territoire. Elles offrent aussi des avantages fiscaux aux cabinets installés dans les zones de revitalisation rurale ou créent des maisons de santé pour rompre l’isolement des professionnels.

• «Offre de soin: comment réduire la fracture territoriale»
Rapport de la commission des Affaires sociales du Sénat, 2008.
• «Stratégies de localisation des médecins généralistes français»
Éric Delattre et Anne-Laure Samson, Économie et statistique, n° 455/456, 2012.

Maud Navarre

Des dispositifs pour les plus démunis

Deux dispositifs viennent en aide aux plus démunis. La Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), mise en place en 2000, couvre gratuitement les 6?% de la population disposant ?des revenus les plus faibles. Et l’Aide à la complémentaire santé (ACS), depuis 2005, finance en partie la complémentaire santé pour les ménages dépassant de 35?% maximum le seuil de revenus donnant droit à la CMU-C. Grâce à ces deux dispositifs, seuls 5?% de la population ne sont pas couverts

Cependant, les bénéficiaires essuient les refus de certains professionnels de santé. Les médecins ont des représentations stéréotypées des patients CMU-C: ils seraient exigeants, et pourraient gêner les autres patients. Mais, surtout, ces patients sont moins «?rentables?» car le prix des actes médicaux est plafonné

Le dispositif ACS pose aussi problème: à peine la moitié des personnes éligibles feraient valoir leurs droits, faute d’information. Par ailleurs, il ne couvre que 50?% du prix d’un contrat de complémentaire santé. Le montant reste trop élevé pour les ménages les plus modestes qui préfèrent y renoncer

La loi du 14 juin 2013 prévoit qu’à l’horizon 2016, tous les employeurs des secteurs privés devront participer au financement d’une complémentaire santé minimale pour les salariés. Mais cette avancée ne concerne pas ceux qui ont le plus de difficultés d’accès à l’assurance complémentaire: les chômeurs, les handicapés, ?les bénéficiaires du minimum vieillesse ou encore les étudiants.

Florence Jusot - Professeure de sciences économiques à l’université Paris IX.

© http://www.scienceshumaines.com/comment-reduire-les-inegalites-de-sante_fr_33906.html



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